Michael Chang
Taux d’imposition marginal ou moyen : les calculs qui perturbent des millions de personnes
"Je ne veux pas d'augmentation parce que cela me placerait dans une tranche d'imposition plus élevée et je gagnerais en réalité moins d'argent." Cette affirmation, répétée à maintes reprises dans les lieux de travail canadiens, représente peut-être le mythe fiscal le plus persistant et le plus préjudiciable dans notre pays. Mettons définitivement fin à ce mythe avec des mathématiques claires et des exemples concrets.
Comprendre les taux d'imposition marginaux
Votre taux marginal d’imposition est le taux d’imposition appliqué à votre prochain dollar de revenu. On l’appelle « marginal » parce qu’il s’applique à la marge – la limite – de votre revenu. Si vous êtes dans la tranche d'imposition fédérale de 26 %, cela signifie que le prochain dollar que vous gagnerez sera imposé à 26 % au niveau fédéral (plus l'impôt provincial).
Considérez les tranches d’imposition comme une série de seaux empilés les uns sur les autres. La première tranche (0 à 59 000 $) a un taux d'imposition de 15 %. Lorsque cette tranche se remplit, des revenus supplémentaires se déversent dans la deuxième tranche (de 59 001 $ à 118 000 $), dont le taux est de 20,5 %. L'eau du premier seau ne change pas son taux de taxation simplement parce que vous avez commencé à remplir le deuxième seau.
Comprendre les taux d'imposition moyens (efficaces)
Votre taux d’imposition moyen, également appelé taux d’imposition effectif, correspond simplement à votre impôt total divisé par votre revenu total. Il s’agit du pourcentage de votre revenu qui va réellement aux impôts, et il est toujours inférieur à votre taux marginal (sauf si vous êtes dans la tranche la plus basse).
Prenons un exemple concret. Supposons que vous gagniez 100 000 $ et que vous payiez 20 000 $ d’impôts au total. Votre taux d'imposition moyen est de 20 % (20 000 $ ÷ 100 000 $). Cependant, votre taux marginal pourrait être de 29 % parce que les derniers dollars que vous avez gagnés se situaient dans une tranche supérieure. Cette distinction est cruciale pour comprendre comment les augmentations affectent réellement votre salaire net.
Le calcul : prouver que vous gagnez toujours plus en gagnant plus
Examinons un exemple détaillé utilisant des nombres simplifiés pour rendre le concept très clair. Imaginez un système fiscal avec seulement deux tranches :
- 15% sur les revenus de 0$ à 50 000$
- 25% sur les revenus supérieurs à 50 000$
Personne A : gagnant exactement 50 000 $
Calcul de la taxe : 50 000 $ × 15 % = 7 500 $
Salaire net : 50 000 $ - 7 500 $ =42 500 $
Personne B : Gagner 50 001 $ (un dollar de plus)
Beaucoup de gens pensent que la personne B paiera 25 % sur tous ses revenus. C'est complètement faux. Voici le calcul réel :
Premiers 50 000 $ : 50 000 $ × 15 % = 7 500 $
1 $ suivant : 1 $ × 25 % = 0,25 $
Taxe totale : 7 500,25 $
Salaire net : 50 001 $ - 7 500,25 $ =42 500,75 $
La personne B a gagné un dollar de plus et a remporté 75 cents de plus. Ils ont payé 25 cents d'impôt sur ce dollar supplémentaire, mais ils n'ont absolument pas « perdu d'argent » en gagnant plus.
Personne C : gagnant 75 000 $
Premiers 50 000 $ : 50 000 $ × 15 % = 7 500 $
25 000 $ suivants : 25 000 $ × 25 % = 6 250 $
Taxe totale : 13 750 $
Salaire net : 75 000 $ - 13 750 $ =61 250 $
Le taux marginal d'imposition de la personne C est de 25 %, mais son taux d'imposition moyen n'est que de 18,3 % (13 750 $ ÷ 75 000 $). Ils sont « dans la tranche des 25 % » mais ils ne paient certainement pas 25 % sur tous leurs revenus.
Exemple canadien concret pour 2026
Utilisons les tranches d’imposition fédérales canadiennes réelles de 2026 pour un scénario plus réaliste. Prenons l'exemple d'une personne vivant en Ontario (nous inclurons les impôts fédéral et provincial) :
Scénario : 118 000 $ contre 118 001 $
À 118 000 $, vous êtes au sommet de la tranche fédérale de 20,5 %. À 118 001 $, ce dollar supplémentaire entre dans la tranche fédérale de 26 %. Est-ce que cela vous fait mal ?
À 118 000 $ :
Taxe fédérale (simplifiée) : environ 20 200 $
Taxe de l'Ontario : environ 7 800 $
Taxe totale : 28 000 $
À emporter : 90 000 $
À 118 001 $ :
Taxe fédérale : 20 200,26 $ (26 cents de plus sur ce dollar supplémentaire)
Taxe ontarienne : 7 800,12 $ (environ 12 cents de plus)
Taxe totale : 28 000,38 $
À emporter : 90 000,62 $
Vous avez gagné un dollar de plus et vous en avez conservé 62 cents. Le gouvernement a pris 38 cents. Vous êtes objectivement mieux loti.
Pourquoi ce mythe persiste-t-il ?
Si le calcul est si clair, pourquoi tant de gens croient-ils à ce mythe ? Il y a plusieurs raisons :
1. Confusion concernant la retenue
Lorsque vous obtenez une augmentation, votre employeur ajuste les retenues à la source. Parfois, cet ajustement est imparfait et vous constaterez peut-être une augmentation de votre salaire moins importante que prévu. Ce n’est pas parce que vous payez plus d’impôts sur vos anciens revenus, mais parce que la retenue à la source est une estimation. Vous recevrez tout trop-payé sous forme de remboursement lorsque vous produirez votre déclaration de revenus.
2. Récupération des prestations
Il existe UN scénario dans lequel gagner plus peut réellement réduire votre revenu net, mais ce n’est pas à cause de l’impôt sur le revenu, mais à cause de la récupération des prestations. Des programmes comme l'Allocation canadienne pour enfants (ACE), le crédit pour TPS et diverses prestations provinciales sont réduits à mesure que le revenu augmente. Dans des cas extrêmes, une famille à faible revenu peut être confrontée à un taux marginal effectif supérieur à 50 % lorsque l’on combine augmentations d’impôts et réductions de prestations.
Cependant, ce « piège du bien-être » touche une partie relativement faible de la population dans des tranches de revenus spécifiques. Pour la grande majorité des Canadiens à revenu moyen et élevé, gagner plus se traduit toujours par gagner plus à la maison.
3. Incompréhension du pourcentage par rapport aux montants absolus
Certaines personnes confondent le pourcentage de revenu supplémentaire perdu à cause de l’impôt avec la perte d’argent globale. Si vous êtes dans une tranche marginale de 45 % et obtenez une augmentation de 10 000 $, vous paierez 4 500 $ d’impôt sur cette augmentation. Certaines personnes se concentrent sur la « perte » de 4 500 $ plutôt que sur le gain de 5 500 $. Mais vous êtes toujours 5 500 $ de plus qu’avant !
Applications pratiques : comment utiliser ces connaissances
Négocier des augmentations
Ne refusez jamais une augmentation pour des raisons fiscales. Même si vous appartenez à la tranche d'imposition la plus élevée (53 % combinés dans certaines provinces), vous conservez 47 cents sur chaque dollar. C'est quand même bien mieux que de garder zéro centime en refusant l'augmentation.
Comprendre les déductions
Les déductions comme les cotisations à un REER vous permettent d'économiser de l'impôt à votre taux marginal. Si vous êtes dans une tranche marginale de 40 %, une cotisation de 10 000 $ à un REER vous fera économiser 4 000 $ d'impôt. Si vous êtes dans une tranche de 25 %, la même contribution ne permet d'économiser que 2 500 $. C'est pourquoi les REER sont plus précieux pour les personnes à revenu élevé.
Crédits d'impôt et déductions
La plupart des crédits d'impôt (comme le montant personnel de base, le crédit pour personnes handicapées, etc.) sont calculés au taux fédéral le plus bas (15 %), quel que soit votre revenu. Un crédit d'impôt de 1 000 $ vous permet d'économiser 150 $ en impôt fédéral, que vous gagniez 50 000 $ ou 500 000 $. Les déductions, en revanche, vous permettent d’économiser de l’impôt à votre taux marginal, ce qui les rend plus intéressantes pour les hauts revenus.
Stratégies de fractionnement du revenu
Comprendre les taux marginaux est crucial pour le fractionnement du revenu. Si l'un des conjoints se situe dans une tranche de 45 % et l'autre dans une tranche de 25 %, transférer 10 000 $ de revenu du revenu le plus élevé vers le revenu le plus faible permet à la famille d'économiser 2 000 $ en impôt (4 500 $ - 2 500 $). C’est le principe qui sous-tend les REER de conjoint, le fractionnement du revenu de pension et d’autres stratégies.
Considérations particulières : récupération de la SV
Il y a une exception importante à discuter : la récupération de la Sécurité de la vieillesse (SV). Si vous avez 65 ans ou plus et que votre revenu dépasse environ 90 000 $ (indexé annuellement), vous devez rembourser 15 % de vos prestations de SV pour chaque dollar dépassant le seuil.
Cela ajoute effectivement 15 % à votre taux marginal d’imposition dans cette tranche de revenus. Combiné avec l'impôt sur le revenu régulier, certaines personnes âgées sont confrontées à des taux marginaux supérieurs à 60 % dans la zone de récupération. Cependant, même dans ce scénario, vous conservez 40 cents sur chaque dollar supplémentaire : vous ne perdez pas d’argent en gagnant plus.
La psychologie des tranches d’imposition
Une partie de la raison pour laquelle ce mythe persiste est psychologique. Les humains ont une aversion pour les pertes : nous ressentons la douleur de perdre 1 $ plus intensément que le plaisir de gagner 1 $. Lorsque les gens constatent qu’un pourcentage plus élevé de leur augmentation est consacré aux impôts, ils se concentrent sur la « perte » fiscale plutôt que sur le gain net pour leur poche.
De plus, les tranches d’imposition créent des « seuils » artificiels dans notre esprit. Gagner 118 000 $ semble fondamentalement différent de gagner 118 001 $, car nous sommes entrés dans une « nouvelle tranche », même si la différence financière réelle est insignifiante.
Perspective internationale
Le système fiscal progressif du Canada est semblable à celui de la plupart des pays développés. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la plupart des pays européens utilisent des tranches progressives. L’alternative – un impôt forfaitaire où tout le monde paie le même pourcentage – est rare et généralement considérée comme moins juste car elle impose une charge disproportionnée aux salariés à faible revenu.
Certains pays ont expérimenté des impôts forfaitaires (Estonie, par exemple), mais la plupart maintiennent des systèmes progressifs précisément parce qu’ils reconnaissent que le premier dollar que vous gagnez (nécessaire à la survie de base) devrait être moins lourdement imposé que votre 100 000e dollar (qui représente un revenu discrétionnaire).
Réponses aux questions courantes
Q : Si je fais des heures supplémentaires, vais-je perdre de l’argent à cause des impôts ?
R : Non. Vous paierez de l'impôt à votre taux marginal sur le revenu des heures supplémentaires, mais vous gagnerez toujours plus que si vous n'aviez pas effectué d'heures supplémentaires.
Q : Dois-je demander à mon employeur de ne pas m’accorder d’augmentation ?
R : Absolument pas. Il s’agit d’un auto-sabotage financier basé sur une mauvaise compréhension du fonctionnement des impôts.
Q : Mon ami m’a dit qu’il avait obtenu une augmentation et que son chèque de paie avait diminué. Comment est-ce possible ?
R : Cela est presque toujours dû à des changements dans les retenues sur la paie (RPC, AE, prestations sociales, cotisations de retraite) ou à des erreurs dans le calcul des retenues, et non à l'impôt sur le revenu. Cela devra être corrigé lors de la déclaration de revenus.
Q : Existe-t-il un scénario dans lequel je devrais éviter de gagner plus ?
R : Le seul scénario légitime est celui où vous recevez des prestations fondées sur le revenu et que vous êtes proche d'un seuil de récupération. Même dans ce cas, vous devez faire le calcul avec soin : dans la plupart des cas, il est toujours préférable de gagner plus.
L'essentiel
La distinction entre taux d’imposition marginal et moyen est fondamentale pour comprendre la fiscalité canadienne. Le mythe selon lequel on peut perdre de l’argent en gagnant plus est mathématiquement impossible dans notre système d’impôt sur le revenu (la récupération des prestations est une question distincte qui touche des populations spécifiques).
N'oubliez pas ces points clés :
- Seuls les revenus supplémentaires sont imposés à votre taux marginal
- Votre taux d’imposition moyen est toujours inférieur à votre taux marginal (sauf dans la tranche la plus basse)
- Vous gagnez toujours plus d’argent à la maison en gagnant plus de revenus
- Comprendre votre taux marginal vous aide à prendre des décisions judicieuses concernant les déductions et le fractionnement du revenu.
La prochaine fois que quelqu'un vous dira qu'il ne veut pas d'augmentation à cause des impôts, vous pourrez expliquer en toute confiance pourquoi il se trompe - et peut-être l'aider à prendre de meilleures décisions financières.
Michael Chang
Rédacteur — Canada Tax Calculator
Michael Chang est un rédacteur contributeur de l'équipe éditoriale de Canada Tax Calculator, spécialisé dans la planification des retraites, le REER, le CELI et les stratégies fiscales provinciales. Il aide les lecteurs à comprendre les déductions et les crédits disponibles en vertu des lois fiscales canadiennes.